Les remèdes naturels de toujours, Pt. 2

Dans le chapitre précédent, nous avons voyagé entre la Grèce antique et l’Egypte. Reprenons aujourd’hui le fil de cette histoire avec Officina !

Depuis les premières traces écrites décrivant l’usage des plantes médicinales à la création de la distillation. Entre l’Europe et l’Afrique, découvrons ensemble l’évolution de cette thérapeutique vieille de plusieurs millénaires.

  • La médecine arabe 

Dans le Monde Arabe s’est développé une observation des symptômes cliniques du patient, mais aussi de ses selles, ses urines ainsi que de son comportement général, pratique inspirée des grecs mais aussi des mésopotamiens.

On doit également aux Arabes la découverte de la distillation, l’emploi de l’alcool et la préparation de sirop à base de sucre de canne.

Ainsi la médecine arabe a joué un rôle important dans la transmission de la culture médicale antique mais aussi dans le développement des connaissances, des pratiques et des méthodes d’analyses médicales.

Ibn Sina  connu sous le pseudonyme de Avicenne (980-1037), philosophe, politicien, médecin, Avicenne se préoccupe de tous les domaines de la pensée et du savoir. Il est probablement né près de Boukhara en Perse, aujourd’hui en Ouzbékistan. Il acquiert sa renommée en médecine notamment par ses études sur les troubles nerveux, la psychologie, les maladies vénériennes et sa description pharmaceutique des préparations de nombreux remèdes.

On lui doit aussi plusieurs traités majeurs, synthétisant les connaissances de son époque dans de nombreux domaines incluant la botanique et l’herboristerie. 1

 

  • La médecine Européenne

Elle se développe au Moyenâge entre le Ve et le XVe siècle.

Au début du moyen-âge, c’est essentiellement le clergé (les religieuses et les moines), qui dans les abbayes avaient pour rôle de soigner la population et distribuaient les remèdes notamment avec la culture des « simples », culture pratiquée dans les couvents dans les jardins en carré bordés de buis. Il s’agissait de la culture de différentes plantes médicinales utilisées pour soigner de nombreux maux, on y cultive de la sauge, du thym, du romarin, de la lavande, de la rue, du laurier ainsi que du fenouil, etc., qui étaient préparés seuls ou en association. Ainsi les moines soignaient les âmes et les corps de leurs malades.2

A partir du Ve siècle, après les grandes invasions des barbares, les manuscrits anciens sont hérités de la maison mère du Mont-Cassin fondée par saint Benoît de Nurcie ainsi l’Eglise devient dépositaire du savoir médical, sans pour autant le faire évoluer.

Dès l’an 651, à Paris, l’Hôtel-Dieu, en région parisienne, accueille malades et mendiants, entièrement à la charge du clergé jusqu’en 1505.

C’est avec Charlemagne (742-814) que l’enseignement de la médecine est donné dans les écoles.

La laïcisation de la médecine arrive au XIIe siècle, sous l’influence de Salerne, avec l’autorisation de dissection du corps humain.

La médecine du moyen-âge ne mérite pas le discrédit et les critiques sans appel, bien qu’elle manque de méthodes de travail rigoureuses, d’esprit scientifique et de discernement rationnel.

Les grandes épidémies de lèpre, de variole et de peste montrent la faiblesse de la médecine de l’époque, qui se rapproche dès lors des apothicaires, ce qui permet une amélioration des connaissances de la botanique ; cependant ces connaissances ne permettent pas de traiter les pathologies les plus graves, de plus l’hygiène de l’époque est encore très relative et les techniques de conservation sont insuffisantes et causes de fréquentes intoxications.

C’est à cette époque, que se développe la théorie dite « des signatures », cette théorie met en relation la forme d’une plante ou d’une partie de plante qui devrait ressembler à l’organe ou à une zone du corps sur lequel elle aurait un supposé effet médical. Avec le terme « signature » est sous-entendu la signature de Dieu.

Jusqu’au début du XIIIe siècle, le médecin préparait lui-même ses remèdes, puis commencent à apparaître les premiers préparateurs appartenant à la corporation des épiciers, qu’on appelle apothicaires. Le terme apothicaire vient du latin « apothecarius » signifiant boutiquier. La boutique étant ce qui différenciait le commerçant sérieux du charlatan de passage. C’est en 1258 que Saint-Louis officialisa le statut d’apothicaire en France, statut qui fut confirmé par Philippe Le Bel et par le Roi Jean Le Bon en 1339. Il faudra attendre 1484 pour que Charles VIII promulgue l’ordonnance stipulant « doresnavant nul espicier de nostre dicte ville de Paris ne s’en puisse mesler du fait et vacation d’apothicairie si le dit espicier n’est lui-même apothicaire ». 3,4

Au cours des siècles, le métier d’apothicaire devient celui de pharmacien qui nécessite des études de plus en plus longues.

Le moyen âge est aussi une période où mysticisme religieux, magie et science s’entremêlent, produisant des remèdes parfois pour le moins paradoxaux et hasardeux, pour ne citer que quelques exemples, on notera l’utilisation du « bézoard » qui est une petite pierre de fiel que l’on retrouve dans l’estomac de certain animaux, râpé seul ou en association, à qui l’on confère diverses propriétés douteuses. On utilisait aussi de la fine poudre d’ardoise, des écailles d’huitres brûlées mais aussi l’urine et les excréments d’homme, de loup, de chien et de vache selon les indications et de nombreux insectes en tous genres tels que des poux, cloportes, scorpions et toiles d’araignée.

  • La renaissance

On observe l’ouverture de l’esprit scientifique au siècle des lumières et la standardisation de la phytothérapie. L’ère de la renaissance se prolongera jusqu’au début du XIXe siècle, siècle où l’on parvient à isoler la morphine de l’opium du pavot, la quinine de l’écorce de quinquina ainsi que la strychnine de la noix vomique.

Ainsi on entre dans la période de la pharmacopée moderne, avec la découverte de la notion de principe actif et avec elle, les débuts de l’extraction et la synthèse chimique, ce qui va avoir comme conséquence un désamour de la phytothérapie en faveur de la pharmacologie moderne car il est vrai que les principes actifs isolés possèdent de nombreux avantages tout d’abord en terme d’efficacité, de standardisation, de reproductibilité et de précision des dosages. C’est aussi à cette époque que la corporation des épiciers et des apothicaires fût définitivement séparée, en effet la déclaration royale de Louis XVI en 1777 ordonna la séparation de ces corporations assurant ainsi le monopole de la vente de médicament aux seuls membres du Collège royal de pharmacie. C’est également pendant cette période que le terme apothicaire fût délaissé au profit de pharmacien. Pharmacien venant du grec « Pharmakon », désignant aussi bien le remède et le poison, terme qui désigne le possesseur des substances actives dont le pouvoir thérapeutique peut se doubler d’une toxicité non négligeable.

  • Le désamour de la phytothérapie

On reproche alors à la phytothérapie d’être à la fois peu active et peu fiable comparativement à l’industrie pharmaceutique. Cependant il reste à cette époque des médecins qui continuent les recherches en phytothérapie, ainsi en 1847, F.J Cazin publia un traité pratique et raisonné des plantes médicinales, il fût étoffé par son fils H. Cazin mais c’est le docteur Henri Leclerc, auteur de plusieurs traités de phytothérapie, qui sut donner au XXe siècle à la médecine par les plantes médicinales des bases scientifiques sérieuses et irréfutables. 5

Source

1. EL GHRARI Halima. Les promoteurs de l’esprit scientifique dans la civilisation islamique, extraits biographiques de la vie de savants musulmans à différentes époques de l’Histoire. Traduit de l’arabe par Haydar EL YAFI, publications de l’organisation islamique pour l’education, les sciences et la culture- ISESCO- 1424 H/200 3. 111p

2. Bariéty M., Coury CH. Histoire de la Médecine. Librairie Arthéme Fayard, 1963p, 325-400

3. Bilimoff Michèle. Les remèdes du moyen Age, collection « histoire » , Ed. Ouest-France, 2014, 128p

4. Site ordre.pharmacien.fr, {en ligne}, consulté 10 février 2015, URL : Dominique Kassel http://www.ordre.pharmacien.fr Documents de référence – Histoire et art pharmaceutique

5. Gerard Debuigne et Francois Couplan. Petit larousse des plantes médicinales, Paris, Ed. Larousse, 2009, 389p, 6-7

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