Les remèdes naturels de toujours, Pt. 1

 

Isaac Newton, célèbre physicien, mathématicien et philosophe britannique du XVIIIème siècle, compara « l’univers à une grande machine ». D’après cette approche, l’univers se définit donc comme un système dynamique et interconnecté. Comme nos ancêtres, l’homme contemporain a et aura toujours besoin de la nature pour se nourrir et se soigner. Ce lien vitale qui lie l’homme et plus généralement les êtres vivants avec la nature est aujourd’hui et plus que jamais dans le cœur de notre actualité. Stress, anxiété, obésité et sédentarité sont en parties la conséquence de notre mode de vie d’abondance et d’excès.
La phytothérapie est une discipline qui remonte aux civilisations antiques. Il semblerait qu’elle ait pour origine l’Inde ou la Mésopotamie où l’on a retrouvé les plus anciennes traces écrites, rédigées par les Sumériens en caractères cunéiformes 3000 ans av. J.-C. Ces textes mentionnaient déjà l’utilisation de plante telles que le saule, le chanvre ou encore le thym. « Très tôt au cours de l’évolution, les hommes pour se soigner, utilisèrent les ressources présentes dans leur environnement naturel. Les plantes tinrent une place très importante qui ne s’est jamais démentie (…) ». (Kassel,2003) 1

  • En Chine

Shen Nong, le divin Laboureur, l’un des trois Augustes, aurait inventé l’agriculture, la charrue, la culture des cinq aliments de base ainsi que les vertus médicinales des plantes et du thé, environ 3 millénaires avant notre ère. Il est dit que Shen Nong procédait tous les jours à l’étude exhaustive des plantes dans leur milieu naturel. On raconte qu’il goûtait lui même les plantes afin d’en déterminer la saveur mais aussi la toxicité.

Ainsi Shen Nong écrivit le premier traité des herbes médicinales chinoises, entre 1100 et 200 av. J.-C. Ce traité recense 365 remèdes dont 200 à 250 sont encore utilisés de nos jours en médecine Chinoise.2,

  • En Égypte

Médecine assez mal connue de nos ancêtres de par le manque de compréhension du hiéroglyphe. Il semblerait qu’ils aient composé une sorte d’encyclopédie mêlant médecine et religion, constituée de 42 livres. Le mystère reste entier à ce jour étant donné que la collection originale n’existe plus. Cependant c’est en Égypte que l’on commença à utiliser des techniques tels que l’enfleurage, la macération ainsi que les prémices de la distillation. Le papyrus Ebers semble être le recueil consacré aux plantes médicinales le plus important retrouvé à ce jour. 3

  • En Grèce

Dans la mythologie grecque, le dieu de la médecine est Asclépios, fils d’Apollon. La Grèce antique a posé les bases de la médecine telle qu’elle peut-être conçue aujourd’hui en occident, par l’intermédiaire de quelques grands esprits, caractérisés par leur intérêt pour la nature et dont il peut être utile de dire quelques mots ici :

Hippocrate (460-377 av J.-C.), considéré par Sénèque et par bien d’autres comme « le plus grand des médecins et fondateur de la médecine », mit en place la théorie des humeurs : le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire (atrabile) qui influencera les conceptions de la médecine occidentale pendant plus de deux mille ans. Face au mysticisme et à la superstition qui règnent à son époque, Hippocrate recommanda l’observation systématique des faits avant d’émettre une hypothèse. 4, 5

Le « Divin parleur », Tyrtamos d’Erèse, surnommé Théophraste (v.372-288 av. J. -C.), qui étudia sous la direction d’Aristote, est considéré comme le père de la botanique, notamment pour l’écriture des neufs livres de l’Histoire des plantes et des six livres du Traité sur les causes des plantes, où il présente les propriétés de plus d’une centaine de plantes. Il est également réputé pour ses talents d’orateur qui attirèrent de nombreux auditeurs à l’école fondée par Aristote qui atteignit alors son acmé.6

On pourra également citer Socrate (v.470-399 av. J. -C.) qui prône dans sa philosophie un retour à la nature en adoptant une vie bonne et simple qui permet d’échapper à l’asservissement qu’entraine la recherche du plaisir.

Diogène de Sinope (v. 444-365 av. J.-C.), proche de Socrate et fondateur du cynisme, en vivant comme un chien, hirsute, allant pieds nus et en subsistant de mendicité, poussa le concept de retour aux fondamentaux de la nature jusqu’à son paroxysme. Il ne manquait jamais une occasion pour provoquer l’ordre établi de la cité. Platon aurait dit de lui qu’il était un « Socrate devenu fou ».

Bien que nous nous éloignions légèrement de notre sujet à proprement parler, la phytothérapie, les concepts abordés précédemment s’inscrivent tout à fait dans le souhait de l’homme contemporain de vivre une vie plus saine. Ainsi, que ce soit de la bouche du fondateur de la philosophie ou d’un magazine traitant du « bien-être », le but et la finalité, c’est le bonheur. « Or, le bonheur consiste à vivre selon la nature (nature au sens large) et non selon l’opinion du vulgaire. D’où il suit que l’on estime heureux les végétaux et les animaux, quand chacun d’eux atteint sans obstacle le but que la nature leur assigne. » 7

  • La période romaine

La période romaine est dominée par Pline l’ancien, qui se rendit célèbre entre autre par l’écriture de 37 livres de l’Histoire naturelle. Pline est un homme de lettre, historien et militaire romain qui vécu de 23 à 79 de notre ère. D’après Buffon, «Pline a travaillé sur un plan bien plus vaste [qu’Aristote]. Il a voulu tout embrasser, et il semble avoir mesuré la nature, et l’avoir trouvée trop petite encore pour l’étendue de son esprit. Son Histoire naturelle comprend, indépendamment de l’histoire des animaux, des plantes et des minéraux, l’histoire du ciel et la terre, la médecine, le commerce, la navigation, l’histoire des arts libéraux et mécaniques, l’origine des usages, enfin toutes les sciences naturelles et tous les arts humains; et ce qu’il y a d’étonnant, c’est que dans chaque partie Pline est également grand. L’élévation des idées, la noblesse du style relèvent encore sa profonde érudition: non-seulement il savait tout ce qu’on pouvait savoir de son temps, mais il avait cette facilité de penser en grand, qui multiplie la science. Il avait cette finesse de réflexion de laquelle dépend l’élégance et le goût, et il communique à ses lecteurs une certaine liberté d’esprit, une hardiesse de pensée qui est le germe de la philosophie. Son ouvrage, tout aussi varié que la nature, la peint toujours en beau. C’est, si l’on veut, une compilation de tout ce qui a été écrit avant lui, une copie de tout ce qui avait été fait d’excellent et d’utile à savoir; mais cette copie a de si grands traits, cette compilation contient des choses rassemblées d’une manière si neuve, qu’elle est préférable à la plupart des livres originaux qui traitent de cette matière.»

Dioscoride Pedanios, médecin grec de l’armée de Néron vécut vers 40 à 90 de notre ère qui donna naissance à la pharmacie par la fabrication de médicaments à base de plante, qui était jusque là préparé par les médecins. Dioscoride fit ses études à Alexandrie puis à Athènes où il fut l’élève de Théophraste puis il se rendit à Rome, où il devint médecin militaire, ce qui lui permit de voyager à travers de nombreux pays et donc de collecter de nombreuses plantes et d’observations, afin de composer son célèbre herbier connu sous le nom de « De materia medica » où il décrivit environ 600 plantes ainsi que de nombreux remèdes. Cet ouvrage resta une référence pendant des siècles jusqu’à une époque récente. Il donna également le nom populaire de chaque espèce (avec leur synonyme en latin, en grec, en égyptien, en perse, en syrien, en espagnol). Il indiquait leurs vertus et comment les récolter. « De materia medica » fût traduit en français au XVe siècle par Jean de la Ruelle, médecin sous François Ier.

Galien (2e siècle avant J.-C.), fut un médecin grec sous Marc Aurèle, il standardisa la création de médicaments à base de plantes en donnant les modes de récolte, origines, méthodes de préparation de celles-ci. C’est à cette époque que l’on commence à donner autant d’importance à la conservation de la santé qu’à son rétablissement. On voit apparaître les premiers traitements préventifs alliant régime alimentaire et pratique d’exercices physiques. 8, 5

 

Source

  1. Site lefigaro.fr, {en ligne}, consulté 24 janvier 2016, URL :http://sante.lefigaro.fr/sante/traitement/phytotherapie/son-histoire
  1. Cultural China. The Legend of Shennong Tasting Hundred of Herbs
  1. Site cosmovisions.com, {en ligne}, consulté 24 janvier 2016, URL : http://www.cosmovisions.com/medecineEgyptienneChrono.htm
  1. SALEM jean. Connaître, soigner, aimer. Le Serment et autres textes. Paris, Ed. du Seuil (coll. « Points »), 1999, 286 p.
  1. Dr Daremberg, Les Aphorismes (traduit du latin par Bruzen de la Martinière). Illustrés par A. F. Cosyns, 1934
  1. Universalis « THEOPHRASTE (371-288) », Encyclopaedia Universalis {en ligne}, consulté le 10 février 2016. URL : http://http://www.universalis.fr/encyclopedie/theophraste/
  1. Julien, Contre les chiens ignorants, in Œuvres complètes, traduction Eugène Talbot, Henri Plon, 1863.

Reference : le point référence, sept-oct 2015, page 9-10, 114, Francis Simonis.

  1. Emile Littré, Histoire naturelle, Paris, Rebochet (2 volumes), (BIUM-Bibliothèque interuniversitaire de médecine, Paris), 1848-1850

 

 

 

 

 

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